Équipe Pro  |Marina Maljkovic : « C’est une fois dans ta vie »

Quelques jours après son titre de championne d’Europe, Marina Maljkovic, coach du Lyon Basket, nous a accordé un entretien pour raconter cette fabuleuse aventure et pour évoquer la nouvelle saison du club lyonnais.

Ce titre de championne d’Europe, c’est un aboutissement dans ta carrière ?

C’est sûr que c’est la plus grande chose que j’ai pu vivre avec les titres gagnés en club, notamment avec deux clubs, Hemofarm Vrsac et Partizan Belgrade. Mais, il faut savoir que devenir championne d’Europe avec la Serbie, c’est une histoire de quatre ans. Ce n’est pas une histoire d’aujourd’hui ou une histoire datant du 27 avril, quand on a commencé à se préparer. C’est quelque chose d’énorme, et, si je peux me permettre, je ne pense pas que beaucoup de sélectionneurs en Europe puissent ressentir autant d’émotions. Parce que j’ai entraîné certaines des joueuses pendant 12 ans. Certaines m’ont suivie toute ma carrière. Dans un petit pays comme le nôtre, qui n’a pas de Ligue de basket féminin, vous ne pouvez pas vous imaginer ce que c’est d’être champion d’Europe. Vous ne pouvez pas mesurer l’envergure de ce titre. C’est quelque chose d’énorme, de grand. Mais qui me fait repenser à toute ma carrière, à tout le chemin parcouru pour en arriver là.

Quelle image forte retiens-tu de ces derniers jours, depuis l’obtention du titre ?

Chaque image me touche. Cette image de rassemblement avec ma famille du Lyon Basket Féminin me touche aussi. Tu sais, le travail est cruel. On a donné de notre vie depuis quatre ans, pour vingt jours de célébrations. Il faut en profiter. Je dis toujours aux filles qu’il faut travailler à fond. Mais, qu’après une victoire, il faut aussi fêter à fond, parce que tu l’as mérité. Je veux garder en souvenir toutes les images : l’arrivée depuis la douane entre la Hongrie et la Serbie, la traversée du pays, de ma ville de Belgrade, ce trajet en bus qui est fabuleux, le balcon… C’est une fois dans ta vie. Je veux garder en souvenir tous les messages reçus, les paroles avec beaucoup d’émotions, en provenance de tous les coins du monde.

Cet accueil en Serbie, c’est la récompense de tout ce travail avec l’équipe nationale ?  

Cet accueil et la reconnaissance aussi. La récompense, c’est aussi la personne la plus pessimiste ou l’homme macho qui ne veux jamais jeter un coup d’œil au sport féminin de sa vie, et qui là, est devant sa télé à regarder du basket féminin serbe. La récompense, c’est de voir des terrains remplis de petites filles avec un ballon, le lendemain de la finale à 8 heures du matin. Dès que j’ai commencé, à 18 ans, j’ai eu beaucoup de propositions. Je n’ai pas voulu partir, quitter le pays, alors qu’il traversait des périodes très difficiles. J’avais mon passeport français, mais, à cette période, je n’ai pas voulu partir. Je suis restée 15 ans au pays, avec l’idée de faire une révolution. Et tous mes rêves se sont réalisés. Pour le pays entier, on est des héroïnes, des légendes. On ne peut plus marcher dans les rues.

Comment se concentrer, après autant d’émotions, sur un nouvel objectif en club, avec le Lyon Basket ?

Cela me donne simplement plus de motivation. Je pense que la première année a été une réussite, avec beaucoup de travail. L’année dernière, on a eu beaucoup de difficultés, mais qui ne m’ont pas découragée sinon je ne serais pas là. Je suis encore plus motivée pour attaquer la saison prochaine, avec nos propres objectifs, toujours en restant réaliste. C’est comme cela que l’équipe de Serbie a travaillé. Elle n’a jamais eu d’objectif, pas de pression et c’est pour cela que cette équipe danse sur le terrain. C’est pour cela que cette équipe éprouve autant de plaisir.

Où en est-on de la construction de l’équipe du Lyon Basket version 2015/2016 ?  

On a fait venir deux bonnes joueuses (Lauren Ervin et Latoya Williams), qui sont aussi deux bonnes personnes, ce qui est le plus important. Je dis toujours, même le plus grand joueur, le plus talentueux, si ce n’est pas une bonne personne, il ne va pas comprendre ce que je veux. Donc deux grandes joueuses, mais aussi une jeune joueuse française (Mamignan Touré), qui est tout à fait prête à apprendre. Après, c’est sûr qu’il faut compléter cette équipe, et on saura le faire.

Quel est ton programme pour cet été, avant la reprise ?

La presse m’a beaucoup demandé : « Est-ce qu’il y a un jour dans ta vie où il n’y a pas de basket ? Un seul jour dans l’année ? » Non, il n’y en a pas. Pas un jour sans basket mais repos oui. Je ne suis pas folle quand même. Enfin si, un peu ! Mais ce repos va me permettre de bien préparer l’avenir proche avec le club. Remettre mes idées en place. Et ensuite il y aura l’organisation de camps de basket en Serbie avec notamment beaucoup de françaises, à partir du 28 juillet. C’est le plus ancien camp en Europe, on fête cette année les 40 ans. Le camp féminin porte mon nom. Et enfin, il y aura le regroupement le 20 août à Lyon.

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