Dossiers  |Nathalie Sonnac : « Une journée d’exposition maximale du sport féminin »

Valorisant le sport féminin, « Les 4 saisons du sport féminin » se déclinent en quatre temps forts. Au mois de février, la première saison était consacrée à la médiatisation du sport féminin, à l’initiative du CSA et de Nathalie Sonnac. La membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a bien voulu répondre à nos questions.

Pourquoi est-il important encore de nos jours d’organiser une réflexion autour du sport féminin à travers « Les 4 saisons du sport féminin » ?

Depuis de nombreuses années, la question de la représentation du sport féminin dans les médias est un sujet de réflexion des pouvoirs publics, mais avant le deuxième semestre 2012, personne n’avait rendu publics d’éléments chiffrés sur ce sujet. Les résultats d’une étude quantitative réalisée par le Conseil  supérieur de l’audiovisuel sont désormais connus, mais demeurent marquants : sur près de 2 500 heures de retransmissions de compétitions diffusées sur 12 chaînes sur une période de cinq semaines à l’automne 2012, le volume horaire de diffusion de sport féminin représentait 7 % du volume global.

Il a alors semblé nécessaire au Conseil de créer un événement, à savoir une journée d’exposition maximale du sport féminin dans les médias et au-delà, un véritable coup de projecteur sur la place des femmes dans le sport : ce furent les « 24 heures du sport féminin », le 1er février 2014. Le Conseil a souhaité, au deuxième semestre 2014, actualiser l’étude statistique réalisée en 2012, en reproduisant la même méthodologie. Selon les chiffres établis qui attestent d’un doublement de la part représentée par le sport féminin dans les programmes sportifs des chaînes de télévision entre 2012 et 2014, les deux éditions des « 24 heures du sport féminin » semblent avoir atteint leur objectif, en contribuant à leur façon à améliorer la visibilité de la pratique féminine du sport.

Néanmoins, un nouvel élan semble néanmoins devoir être initié par l’ensemble des institutions concernées, pour ancrer plus avant la féminisation du sport dans la société française. Le déficit de développement du sport féminin en France présente en effet un caractère multifactoriel : la place des femmes dans l’organisation du sport, l’économie du sport féminin, professionnel et amateur, la pratique sportive des jeunes filles et des femmes, précèdent cette question de la représentation dans les médias et constitue tout autant de points du débat. Il a ainsi semblé naturel au Conseil supérieur de l’audiovisuel de promouvoir un approfondissement de l’effort collectif destiné à renforcer cette nouvelle prise de conscience du grand public sur les différents aspects de la réalité de la pratique féminine du sport dans notre pays, à travers la reconfiguration des « 24 heures du sport féminin » en un nouveau canevas intitulé « Les 4 saisons du sport féminin ».

Comment s’est déroulée la saison 1, consacrée à la médiatisation du sport féminin (6-7 février 2016) ? Comment ces deux jours vont-ils pouvoir contribuer à une meilleure représentation dans les médias ?

CSA_Calendrier prévisionnel des 4 saisons du sport féminin - Cliquez pour agrandirUne exposition particulière du sport féminin a été proposée sur les antennes des chaînes de télévision et des radios, à travers des reportages, des magazines de plateau, des retransmissions de compétitions. En outre, les fédérations, les clubs sportifs, mais aussi les acteurs économiques du sport, des collectivités locales, ont contribué à relayer cette médiatisation, sur leurs réseaux de communication, sur le terrain, dans les points de vente. C’est une vaste synergie d’institutions parties prenantes de ce sujet qui a habillé ce premier week-end de février aux couleurs du sport féminin.En outre, des contacts sont également en cours pour donner à cette opération des « 4 saisons du sport féminin » une dimension européenne, au niveau des institutions (ministères des Sports, réseau diplomatique), mais aussi des médias audiovisuels sur le continent.

Comme indiqué précédemment, la progression de l’exposition du sport féminin à la télévision observée par le Conseil depuis deux ans apparaît valider la méthode impulsée par le CSA : la voie de l’obligation chiffrée imposée réglementairement aux chaînes et radios n’est pas toujours nécessairement la meilleure manière de fixer le cap, tant l’effectivité de la prise de conscience observée dans les rédactions semble entrainer, de leur part, une évolution pragmatique de leur approche de l’actualité sportive, adaptée à la diversité des lignes éditoriales et de leurs publics.

On a pu noter quelques évolutions au niveau de cette médiatisation. Quel est le constat à l’heure d’aujourd’hui ?

Au-delà des éléments quantitatifs rappelés plus haut, deux constats s’imposent. D’abord, sur le fond, la question de la représentation du sport féminin en télévision recoupe largement la question plus large de l’offre de sport à la télévision et des difficultés des chaînes gratuites à suivre financièrement l’intensité concurrentielle à l’œuvre entre les chaînes payantes. Avec la montée en puissance récente d’Eurosport et de Ma Chaîne Sport, qui viennent remettre en cause le duopole constitué depuis 2012 par Canal+ et beIN SPORTS, ce sont désormais quatre acteurs qui investissement massivement dans l’achat de droits sportifs pour alimenter un nombre de chaînes en croissance constante. De fait, la part du sport sur les chaînes gratuites continue de se réduire, entrainant avec elle la part du sport féminin. Ceci constitue un premier sujet d’attention pour le Conseil, le sport féminin, mais également toutes les disciplines moins fédératrices d’audience qui disparaissent des antennes gratuites, ayant besoin d’exposition mais surtout de visibilité.

A contrario, le constat positif qui peut être effectué porte sur une intensification de la réflexion du monde sportif lui-même sur la valorisation de la pratique féminine. Les records d’audience enregistrés par la diffusion de rencontres de football ou de rugby féminin sur les chaînes en clair attestent que le public est prêt à s’enthousiasmer pour les performances et les événements que le sport féminin suscite. C’est donc dans la recherche des facteurs-clés de la singularité du sport féminin, le travail du « marketing de l’offre », que s’engagent certaines fédérations pilotes, pour mieux adresser la pratique féminine à un public plus large, permettant derrière de stimuler la prise de licences, les partenariats commerciaux, voire l’actionnariat. Pour schématiser, l’exposition, et les audiences, des uns créent de la motivation chez les autres… et des attentes de la part du public.

Interview : Lyon Basket
Crédit photo et visuel : Romuald Meigneux + CSA / 24 heures du sport féminin

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