Dossiers  |Nathalie Janvier : « L’union fait la force ! »

A quelques heures de notre évènement Lumière sur le sport féminin, retrouvez l’interview accordée par Nathalie Janvier, ancienne chef de délégation d ela fédération de Rugby Féminin et représentante de l’association Femix’Sports, association travaillant sur la thématique « femmes et sport » et les 4 Saisons du Sport féminin.

En tant qu’ancienne chef de délégation de la Fédération de Rugby Féminin, comment voyez/ressentez -vous les évolutions de la médiatisation des femmes dans ce milieu ?

L’évolution de la médiatisation pour le rugby féminin est très importante. Le premier match télévisé par France 4 l’a été en mars 2013 puis nous avons ouvert les 24h du sport féminin avec 673 000 téléspectateurs pour le match France/Angleterre du Tournoi des 6 nations retransmis pour la première fois en prime time. Ensuite la Coupe du monde 2014 en France a fait exploser toutes les audiences. Nous avons eu la chance de jouer pendant une période (fin juillet /début août) pendant laquelle le paysage médiatique sportif était vide et donc tous les regards se sont tournés vers l’équipe de France féminin. D’autant plus que les résultats étaient là et qu’il y a eu un engouement populaire très important. A partir de là, France 4 a souhaité retransmettre les matchs de l’équipe de France féminine à domicile. Pour la première fois en 2016, France féminines a généré des droits TV, ce qui fut une vrai victoire médiatique pour nous.

Quels sont les acteurs indispensables à cette médiatisation, selon vous ?

Les premières actrices sont les sportives avec leurs performances sportives d’une très grande qualité et surtout leur engagement sans faille sur le terrain quelque soit leur statut (pro ou non). Leur authenticité et leur disponibilité sont des atouts pour les médias, sans parler de leur double facette femme et sportive ! Les calendriers des grandes compétitions internationales sont aussi à prendre en compte. Ils devraient être parfois davantage réfléchis et on devrait essayer de positionner certaines compétitions lorsque le calendrier est plus démuni.

Et les efforts à fournir pour celle-ci ?

Une étroite collaboration avec les services communications des fédérations est nécessaire. Ensuite, je pense qu’une étroite collaboration entre les sports féminins peut aussi favoriser leur médiatisation, car ne l’oublions pas : « L’union fait la force » ! On pourrait envisager une campagne commune pour le sport féminin et non chaque fédération individuellement. Nos politiques doivent aussi avoir cette volonté. Un grand pas en avant a déjà été fait pour la féminisation des instances dirigeantes c’est bien mais est-ce légitime qu’une équipe nationale (les handballeuses pour ne pas les citer) soit en finale d’un championnat du Monde pour être retransmise sur une chaine publique ?

C4YRniHWAAAhoCd.jpg large Quels sont, à votre connaissance, les événements mis en place pour favoriser cette médiatisation ?

Le premier évènement que je citerais est bien sûr les 4 saisons du sport féminin. Depuis deux ans, voir même trois avec les 24 h du Sport féminin, il s’agit de temps forts pendant lesquelles un grand nombre de manifestations et compétitions sportives sont mises à l’honneur. Certes, on peut regretter d’avoir besoin de dates précises pour ce genre d’actions mais depuis que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a eu cette initiative, le pourcentage de sport féminin dans le volume global des retransmissions sportives est passé de 7% en 2012 à 14% aujourd’hui ! L’engouement pour les retransmissions d’évènements sportifs féminins est lui aussi croissant : 70% des français de 18 ans et plus trouvent le sport féminin tout aussi intéressant que le sport masculin et 64% en regarderaient davantage s’il était régulièrement diffusé à la TV. Je pense aussi que les anciennes sportives devraient être davantage appelées pour commenter le sport (comme par exemple Valérie Nicolas au handball, Yannick Souvré au basket) qu’elles ont pratiqué car leurs connaissances techniques et leur expérience plairont davantage que des commentaires masculins novices dans ce sport !

Expliquez-nous votre implication au sein de Femix’Sports…

Femix est une association mise en place suite aux Assises du sport féminin. Son slogan est « Pour la mixité dans le sport ». Ayant évolué dans un monde associatif davantage masculin, la mixité est quelque chose de très important pour moi car c’est unir des compétences, des visons, des sensibilités différentes vers le même objectif. Le combat mené par Marie-Françoise Potereau, présidente de Femix, et par son équipe pour permettre aux femmes l’accès aux responsabilités m’a tout de suite convaincue. Puis j’ai eu la chance par la suite de pouvoir bénéficier de la formation pour l’accès aux responsabilités des dirigeantes et je me devais de rendre aujourd’hui à l’association ce qu’elle m’avait apporté dans mon parcours tout au long de ces journées de formation. De plus mon engagement au sein de Femix me permet de rencontrer des femmes et des hommes engagés dans la vie associative à des degrés et des postes différents et venant de multiples sports. Ces rencontres, d’une richesse extraordinaire, vous permettent de vous enrichir de nombreuses connaissances.

Interview : Lyon Basket

 

Dossiers  |Aurélie Bresson : « Poursuivre les efforts en matière de médiatisation du sport au féminin »

Le magazine trimestriel Les Sportives est dédié au sport féminin. Les Sportives, partenaire de la FFBB, propose une approche globale du sport au féminin, avec des portraits et des articles de fond pour valoriser les figures du sport féminin sous-représentées dans les médias traditionnels. Aurélie Bresson, directrice de publication, a bien voulu répondre à nos questions.

Pourquoi avez-vous souhaité lancer ce premier magazine papier spécialisé sur le sport féminin ?

Le constat que les femmes sont clairement sous-représentées dans les médias, puisque, par exemple, parmi les personnalités sportives françaises les plus citées dans la presse écrite en 2014, 98% sont des hommes. Cela pose la question du véritable enjeu du droit à l’information pour toutes les femmes qui pratiquent, entraînent, dirigent, administrent ou encore supportent, que cela soit en amateur ou en professionnel. Dans la lignée de ce constat, aucun magazine papier spécialisé sur le sport au féminin n’existait jusqu’à la création de Les Sportives. La sortie de ce premier et unique magazine, comme l’ont souligné Thierry Braillard (secrétaire d’État en charge du sport) et Béatrice Barbusse (présidente du CNDS) à la conférence de lancement, marque l’histoire du sport français. L’idée m’est venue en 2011 lors de mon stage de fin d’étude au sein du Metz Handball, club élite du championnat en handball féminin. Je m’occupais des relations presse et de la communication du club. En feuilletant la presse, j’ai remarqué qu’on parlait très peu des filles du club. C’était l’arrivée d’Allison Pineau, une joueuse importante, et elle n’avait droit qu’à trois lignes dans la presse nationale, quelques lignes dans la presse locale et un vide sidéral dans la presse spécialisée. Mes amies sportives également ne figuraient pas de manière générale dans la presse alors qu’elles faisaient de belles performances. L’idée est donc restée dans un coin de mon esprit, jusqu’à ce que je me dise : « Et pourquoi je ne créerais pas ce média moi-même. »

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Quel est votre avis sur l’évolution de la représentation des sportives dans l’espace médiatique de ces dernières années ?

J’ai remarqué une évolution au niveau médiatisation. Moindre, mais une évolution quand même. On va dans le bon sens. Disons que l’effet JO a peut être aidé. Il a été reconnu que les femmes pouvaient être aussi performantes, voir plus, que les hommes. Sans comparer réellement, la reconnaissance en elle même que la femme peut aussi « donner un très beau spectacle sportif » avance. L’étude du CSA est aussi très significative : l’étude de fin 2012 a mis en évidence la place marginale du spectacle sportif féminin dans le paysage médiatique français. Seules 148 heures ont été diffusées à la télévision au cours du dernier trimestre de l’année dernière, c’est-à-dire à peine 7% du volume global des retransmissions sportives. Cette diffusion est passée à 14 % en 2014. L’appétence du grand public pour les compétitions sportives féminines semble donc se confirmer en 2015. W9 a atteint par exemple 25,3 % de part d’audience avec 4,14 millions de téléspectateurs lors de la diffusion du match Allemagne / France de la Coupe du monde de football féminin – se classant ainsi première chaîne de la TNT en termes d’audience le 26 juin 2015. Ces chiffres ne sont pas le résultat d’une contrainte, mais d’une prise de conscience de la part des médias et de leur désir d’exposer plus fortement les pratiques sportives féminines.

Quels ont été les retours à votre sortie ?

Depuis la sortie du magazine en avril, les avis sont globalement bons ou constructifs. Beaucoup de bons avis notamment sur la qualité des articles, qualité des photographies et du ton utilisé. Les Sportives Magazine a connu du succès pour ses deux premiers numéros, atteignant les 4000 exemplaires vendus au total à chaque fois. Pour un début, c’est pas mal. Toujours disponible dans les kiosques et points de ventes en France et en Belgique. En Belgique d’ailleurs, le numéro 2 s’est arraché, il n’en restait qu’une petite vingtaine d’exemplaires. Notre présence s’accroit aussi sur les réseaux sociaux. On est de plus en plus suivi et soutenu.

Selon vous, la médiatisation du sport au féminin est-elle finalement une affaire de tous ?

En terme de visibilité, il faut poursuivre les efforts en matière de médiatisation du sport au féminin. Sur tous les supports possibles et pas uniquement pour le sport de haut niveau. Les Sportives Magazine y contribue. Pour développer cette médiatisation et surtout qu’elle perdure et ne soit pas un effet d’aubaine, il faut un véritable engagement durable de la part de partenaires économiques. Souhaitons aussi les meilleurs résultats possibles de nos sportives françaises dans les grandes compétitions internationales. Par ailleurs, il faudrait que toutes les associations sportives puissent accueillir des femmes dans toutes les disciplines. Ce n’est pas le cas actuellement (dans certaines fédérations, il n’y a que 2 ou 3% de femmes licenciées). Même si les plans de féminisation mis en œuvre dans certaines fédérations sportives font que la situation évolue favorablement et rapidement (ndlr : dans le cadre des conventions d’objectifs 2014-2017 qui les lient à l’État, toutes les fédérations sportives doivent se doter d’un plan de féminisation concernant l’encadrement, la pratique, la formation et l’arbitrage).

couverture-les-sportives-magazine-03-1-289x390Quelle est l’actualité du magazine ?

Le numéro 3 de Les Sportives magazine vient de sortir en kiosque. Nous souhaitons lui donner avec le temps beaucoup plus de débats, d’audace, d’humour… et surtout de sports ! La thématique phare de ce numéro : Qui veut porter la culotte du sport ? Une question unique mais qui donne le ton de ce numéro qui invite à prendre de la hauteur sur la gouvernance dans le sport, et sur toutes ces femmes qui gravissent des falaises tant professionnelles que sportives. En couverture et en rencontre principale, Aude Lemordant, quadruple championne de France, championne d’Europe et double championne du monde de voltige aérienne. A l’intérieur, des débats et des reportages inédits avec Chantal Jouano, Marie-Georges Buffet, Danielle Bousquet, Magali Tezenas, Dominique Carlac’h, Marinette Pichon et même aussi avec Marc Lavoine… oui Marc Lavoine !

Le magazine de toutes les sportives s’habille de rose, en clin d’œil à Octobre Rose, pour la recherche contre le cancer du sein. Mais pas que ! Avec de l’audace, Les Sportives s’habille de rose pour interpeler, tout comme son titre. Après six mois d’existence, Les Sportives continue à affirmer son caractère et à se positionner comme le premier et l’unique magazine sportif multisports au féminin en France portant haut les valeurs de liberté, de tolérance et de professionnalisme. Les Sportives Magazine s’adresse à toutes : sportives du dimanche ou sportives de haut niveau, participantes ou spectatrices, mères, voyageuses, faignantes, femmes actives et motivées, femmes avec un caractère bien trempé…. Et Les Sportives Magazine s’adresse aussi à tous, puisque 40% de son lectorat est composé d’hommes !

Interview : Lyon Basket
Crédit photo : Radio Campus Paris